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Les chefs d’ orchestre
Des chefs d'orchestre prestigieux qui ont défendu et servi la musique de Liszt de son vivant jusqu'à aujourd'hui
..dès son époque
Il faut toutefois distinguer les chefs qui ont réellement dirigé Liszt avant sa mort, le 31 juillet 1886, de ceux qui l’ont surtout défendu après. À l’époque, la profession de chef d’orchestre au sens moderne était encore en formation, et Liszt fut lui-même le premier grand chef de ses œuvres orchestrales, notamment à Weimar.
Franz Liszt (1811-1886) – Il faut commencer par Liszt lui-même. À Weimar, il dirigea les créations de plusieurs de ses poèmes symphoniques et de la Faust-Symphonie, faisant de l’orchestre le laboratoire de ses conceptions nouvelles. Il ne fut donc pas seulement le compositeur de cette musique : il en fut son premier interprète et son premier défenseur.
Hans von Bülow (1830-1894) – Élève de Liszt et longtemps l’un de ses plus proches défenseurs, Bülow dirigea notamment la Faust-Symphonie à Weimar en 1861, de mémoire, dans une exécution remarquée pour sa précision et son énergie. Sa relation avec Liszt fut ensuite plus complexe, mais il joua un rôle capital dans la diffusion de sa musique, également comme pianiste.
Eduard Lassen (1830-1904) – Liszt le recommanda pour lui succéder à la direction musicale de la cour de Weimar en 1858. Lassen se trouva ainsi au cœur même du lieu où étaient nés les poèmes symphoniques et contribua à maintenir vivant le répertoire de la « Nouvelle École allemande » après le retrait de Liszt.
Camille Saint-Saëns (1835-1921) - il a été l'un des tous premiers musiciens à introduire et diriger en France les poëmes synphoniques. Dans les années 1870 et 1878 il n'ésita pas à engager ses propres deniers pour faire jouer des grandes pièces orchestrales de son ami Liszt.
Hans Richter (1843-1916) – Grande figure de la génération wagnérienne, Richter entretint un lien direct avec Liszt. En 1873, à Budapest, il dirigea Christus lors des célébrations du cinquantième anniversaire de la carrière artistique du compositeur : un témoignage particulièrement important de la reconnaissance du Liszt religieux de son vivant.
Max Erdmannsdörfer (1848-1905) – Correspondant de Liszt , il créa à Sondershausen en 1876 le poème symphonique Hamlet. Son rôle est précieux dans l’histoire lisztienne : il appartient à ces chefs qui firent sortir les œuvres orchestrales de Liszt du cercle de Weimar pour les installer progressivement dans le répertoire allemand.
Arthur Nikisch (1855-1922) – Né en Hongrie comme Liszt, Nikisch appartient à la génération immédiatement suivante et connut encore l’époque du compositeur. Il allait devenir l’un des grands défenseurs de Liszt au tournant du XXe siècle, privilégiant une direction souple, sensuelle et très colorée, particulièrement adaptée au caractère rhapsodique de cette musique.
et plus tard...
« Les œuvres de Liszt pour piano sont reconnues, mais ses œuvres symphoniques ne sont pas assez jouées, alors que Liszt est un compositeur de premier ordre, l’un des plus grands compositeurs de tous les temps, aussi important que Beethoven. Il a écrit dans de multiples genres et a été le plus célèbre de son temps. Il a eu une grande influence sur beaucoup d’autres compositeurs, comme Wagner et Debussy, qui n’ ont cessé d’être joués, alors que lui ne l’est toujours pas suffisamment. Pourquoi ? » Leonard Bernstein
De Toscanini à François-Xavier Roth, Franz Liszt occupe une place essentielle dans l’histoire de la direction d’orchestre. L’audace de son orchestration, la puissance dramatique de ses poèmes symphoniques et la modernité de son langage ont attiré plusieurs générations de chefs. Chacun y a révélé une facette différente : romantisme, virtuosité, profondeur spirituelle ou modernité visionnaire. Cette diversité d’interprétations témoigne de l’inépuisable richesse de l’œuvre orchestrale de Liszt.
Quelques chefs parmis les plus importants :
Arturo Toscanini – célèbre pour Les Préludes et les Rhapsodies hongroises. Chez Toscanini, Liszt trouve une grandeur orchestrale débarrassée de toute emphase gratuite : clarté, tension et puissance dramatique dominent.
Thomas Beecham – pour sa Faust-Symphonie. Son approche fait ressortir le caractère théâtral, fantastique et généreusement romantique de Liszt.
Ernest Ansermet – a développé une passion pour Liszt dans ses dernières années. Il fut particulièrement sensible à l’audace harmonique et orchestrale d’un compositeur qu’il considérait avec un intérêt croissant comme un précurseur de la musique moderne.
Wilhelm Furtwängler – a dirigé notamment la Faust-Symphonie. Sa conception profondément romantique trouve dans Liszt un terrain privilégié pour déployer tension, architecture et profondeur métaphysique.
Vladimir Horowitz – L'association de Vladimir Horowitz et de Liszt représente l'un des sommets de l'interprétation pianistique du XXe siècle, marquée par la virtuosité incandescente, le contraste entre le feu démoniaque et la tendresse élégiaque, ainsi que des enregistrements de référence. Sa Sonate en si mineur est considérée par de nombreux critiques comme une référence absolue. Chez Horowitz, Liszt n’est jamais seulement un virtuose : derrière l’éblouissement pianistique apparaissent le visionnaire, le poète et le compositeur des abîmes.
Herbert von Karajan – a enregistré Les Préludes, Mazeppa, Tasso et plusieurs Rhapsodies hongroises. Karajan met particulièrement en valeur la somptuosité des couleurs, l’ampleur des lignes et le spectaculaire orchestral de Liszt.
Willi Boskovsky – spécialiste des Rhapsodies hongroises. Son approche souligne le caractère populaire, dansant et spontanément magyar de cette partie de l’univers lisztien.
Georg Solti – interprète majeur de la Faust-Symphonie et des concertos. Son tempérament énergique et théâtral épouse particulièrement bien les contrastes, les élans dramatiques et la puissance orchestrale de Liszt.
Leonard Bernstein – son interprétation de la Faust-Symphonie compte parmi les grandes lectures de l’œuvre. Bernstein trouve chez Liszt ce qu’il recherche lui-même dans la musique : le théâtre, la passion, la transformation des thèmes et une interrogation profondément humaine derrière le spectaculaire.
Pierre Boulez a révélé la modernité visionnaire de Liszt en s’associant avec Daniel Barenboim au piano et la Staatskapelle de Berlin dans les deux concertos pour piano de Liszt. Son regard est particulièrement important : Boulez permet d’entendre derrière le grand romantique un expérimentateur de la forme, de l’harmonie et de la couleur orchestrale qui annonce le XXe siècle. Vous voulez écouter et regarder Cliquez ici
Kurt Masur – exceptionnel dans la Dante-Symphonie. Héritier de la grande tradition germanique, Masur met en valeur l’architecture, la gravité et la dimension spirituelle de Liszt plutôt que le seul éclat virtuose.
Bernard Haitink – a enregistré l'intégrale des poèmes symphoniques avec le London Philharmonic Orchestra. Son approche équilibrée et sans surcharge rhétorique permet de mesurer la cohérence et l’inventivité de Liszt dans la naissance du poème symphonique.
Claudio Abbado – a souvent programmé les concertos et les poèmes symphoniques. Il privilégie chez Liszt la transparence des textures, la poésie des timbres et la mobilité du discours, révélant une musique souvent plus subtile qu’on ne l’imagine.
Michel Plasson – a dirigé les concertos pour piano de Liszt avec de grands solistes. Sa sensibilité à la couleur et au lyrisme fait ressortir le dialogue entre le piano virtuose et un orchestre qui, chez Liszt, est un véritable partenaire dramatique.
Zubin Mehta – a dirigé Orpheus et d'autres œuvres orchestrales. Son Liszt conjugue ampleur sonore et lyrisme, particulièrement adaptés aux grandes fresques symphoniques et à leur pouvoir narratif.
Michael Halász – a enregistré les poèmes symphoniques. Son travail discographique contribue à faire entendre Liszt au-delà des quelques pages les plus célèbres et à restituer l’étendue de sa production symphonique.
Iván Fischer – spécialiste du répertoire hongrois, notamment les Rhapsodies hongroises. Sa proximité culturelle avec cette tradition lui permet d’en souligner les rythmes, les inflexions et les couleurs populaires sans réduire Liszt au pittoresque hongrois.
Riccardo Chailly – reconnu pour ses interprétations de Liszt avec le Gewandhaus de Leipzig. Il inscrit Liszt dans la grande tradition orchestrale européenne tout en faisant ressortir la précision de son écriture et son extraordinaire imagination sonore.
Louis Langrée – a dirigé plusieurs œuvres de Liszt en concert. Son approche contribue à défendre un Liszt orchestral vivant et théâtral, dont les œuvres gagnent toute leur force lorsqu’elles sont replacées au cœur du concert plutôt que considérées comme de simples pièces de répertoire.
Gianandrea Noseda – a enregistré un cycle moderne très apprécié des œuvres orchestrales de Liszt. Son engagement permet de redécouvrir un corpus beaucoup plus vaste que Les Préludes, en faisant apparaître la continuité et l’ambition du projet symphonique lisztien.
François-Xavier Roth et l'orchestre Les Siècles ont marqué la critique par leurs interprétations de Franz Liszt, notamment la Dante-Symphonie et des partitions rarement jouées, en utilisant des instruments d'époque adaptés au XIXe siècle. Cette démarche renouvelle profondément l’écoute de Liszt : équilibres, couleurs et transparence orchestrale rapprochent ces œuvres de l’univers sonore que le compositeur pouvait lui-même imaginer.
Les œuvres sacrées
Elles révèlent un compositeur très différent du virtuose flamboyant. À partir des années 1860, sa musique devient plus intérieure, contemplative, parfois même visionnaire. Voici quelques-uns des principaux chefs qui ont contribué à faire connaître et à défendre les œuvres sacrées de Liszt après sa mort.
Antal Doráti (1906-1988) – pour Christus.
Doráti donne à cette immense fresque religieuse une ampleur symphonique et une intensité dramatique remarquables. Il montre que, chez Liszt, la ferveur religieuse peut s’unir à la puissance de l’orchestre et faire de Christus l’une des grandes œuvres chorales du romantisme.
Helmuth Rilling (1933-2025) – pour les grandes œuvres sacrées de Liszt, notamment les oratorios et les Psaumes.
Rilling occupe une place importante dans la redécouverte du Liszt religieux. Son approche, attentive au texte, au chœur et à l’architecture des œuvres, révèle que la musique sacrée constitue l’un des versants essentiels de la maturité du compositeur.
Michel Corboz (1934-2021) – pour la Missa solemnis, dite Messe de Gran.
Grand interprète du répertoire choral sacré, Corboz met en valeur la ferveur, le lyrisme et la dimension méditative de Liszt. Sous sa direction, la Messe de Gran apparaît moins comme une démonstration monumentale que comme l’expression d’une foi profondément personnelle.
Gerd Albrecht (1935-2014) – pour La Légende de sainte Élisabeth.
Albrecht révèle la dimension narrative et théâtrale de ce vaste oratorio. Son interprétation montre comment Liszt unit la ferveur religieuse, le drame et la richesse de l’écriture orchestrale pour construire une véritable fresque spirituelle.
Zoltán Peskó (1937-2020) – pour Christus.
Peskó met particulièrement en lumière la construction et l’audace du langage de Liszt. Son approche de Christus permet d’entendre, derrière la tradition de l’oratorio romantique, un compositeur qui expérimente déjà de nouvelles couleurs harmoniques et orchestrales. Remarquable direction en 2011 du Christus de Liszt aux Invalides à Paris
Reinbert de Leeuw (1938-2020) – pour les œuvres tardives et Via Crucis.
Grand défenseur de la musique moderne et contemporaine, de Leeuw trouve dans le dernier Liszt un véritable précurseur. Il souligne dans Via Crucis les silences, les dissonances et l’extrême dépouillement d’une musique qui semble parfois annoncer le XXe siècle.
Frieder Bernius (né en 1947) – pour Via Crucis.
Bernius révèle avec une grande sobriété la spiritualité de Via Crucis. La transparence du chœur, l’économie des moyens et l’attention portée aux silences font apparaître un Liszt radicalement éloigné du virtuose flamboyant : intérieur, austère et étonnamment moderne.
La succession chronologique de ces chefs raconte aussi l’évolution de notre perception de Liszt. Doráti privilégie encore la grande fresque romantique, tandis que de Leeuw et Bernius nous conduisent progressivement vers le Liszt dépouillé, expérimental et presque contemporain.


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